Esprit du vinaigre

Des réactions acides à une actualité qui ne manque pas de sel

Le 03 juin 2008

Le bal des faux-culs

Quel foutage de gueule dans cette histoire d'annulation de mariage pour cause de "non-virginité.

Tout d'abord, la présentation qui en a été faite par Libération, auteur du scoop. Tout dans le sensationnalisme "X. et Y., musulmans, ...". Il faudra peut-être avertir le journaliste de Libé que la religion n'est pas inscrite sur la carte d'identité en France et qu'on n'indique pas sa religion quand on s'adresse à la justice. D'ailleurs le jugement ne parle pas de religion (et c'est normal) : alors que veut prouver le journaliste de Libération ? Que les musulmans sont tous des intégristes fanatiques obsédés par la virginité, tandis que ça ne se serait pas produit avec de bons cathos intégristes ?

Ensuite, on a la montée au créneau des bonnes consciences qui viennent expliquer qu'elles sont contre les mariages forcés. C'est très bien, mais là on ne comprend plus : elles demandent que l'annulation soit annulée et que cette femme reste mariée (peut-être contre son gré) à un homme qui ne l'aime pas ? Qu'elles se réjouissent, au contraire : cette femme est libérée de la tutelle d'un mari pas tellement au fait des moeurs du 21e siècle.

On feint de jouer sur les mots et dire que c'est la non-virginité qui est cause de l'annulation. Non, c'est le mensonge à propos de la non-virginité. Tout comme il y a eu des mariages annulés à cause de mensonges sur la nationalité, ou de mensonges sur un précédent divorce, ...

On a également des cris d'indigation à propos du jugement : le mari a demandé l'annulation, la femme était d'accord pour l'annulation, le parquet (censé représenter la société) n'avait aucune objection. La demande était légale, s'appuyait sur un texte de loi et n'apportait aucun trouble à la société. Que devait faire le juge ? Allez contre la volonté de tout le monde et en plus ne pas appliquer la loi ? Et puis après, ça aurait changé quoi ? Obliger ce couple à passer par une procédure de divorce à l'amiable ?

Alors, ensuite la politique s'en mêle. La ministre de la Justice explique que ce jugement est conforme au droit. Mais comme ça hurle de tous les côtés et surtout dans son propre camp, elle va demander au parquet de faire appel. Lequel parquet n'avait rien dit lors du procès, ni du jugement.

Mais il semblerait que les appels soient réservés aux parties directement impliquées. Or, c'est une affaire privée et le parquet n'était là que pour vérifier que la société n'était pas lésée. Donc à moins d'inventer l'appel pour cause de tapage médiatique, on ne voit pas trop au nom de quoi faire appel.

Et enfin, cerise sur le gâteau, certains avocats expliquent que le délai pour interjeter appel est d'un mois après le jugement et pas à partir du moment où on en parle dans la presse. Comme le jugement date de plus de deux mois, Mme Dati demande quelque chose d'impossible à son parquet, ce qui dénote un certain manque de connaissance du droit.

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Le 24 janvier 2008

Quant les philosophes se mêlent de religion

N'en déplaise à notre omnichanoine, ces philosophes et leurs textes font également partie de nos racines.

Montaigne :

  • Notre religion n'a point eu de plus assuré fondement humain que le mépris de la vie.

  • Les hommes ont fabriqué Dieu, sans se rendre compte que la religion n'était qu'une pièce de leur propre invention propre à lier leur société.

  • L'impression de certitude est un témoignage certain de folie et d'incertitude extrême. C'est mettre ses conjectures à bien haut prix que d'en faire cuire un homme tout vif.

  • L'homme est bien insensé: il ne saurait forger un ciron et forge des dieux à la douzaine.

Montesquieu :

  • Quand il n'y aurait pas de Dieu, nous devrions aimer toujours la justice, c'est-à-dire faire nos efforts pour ressembler à cet être dont nous avons une si belle idée, et qui, s'il existait, serait incessamment juste. Libres que nous serions du joug de la religion, nous ne devrions pas l'être de celui de l'équité.

  • Il est très surprenant que les richesses des gens d'Église aient commencé par le principe de pauvreté.

  • Lorsque les lois d'un état ont cru devoir souffrir plusieurs religions, il faut qu'elles les obligent à se tolérer entre elles.

Voltaire :

  • Prier Dieu, c'est se flatter qu'avec des paroles, on changera la nature.

  • Nos prêtres ne sont pas ce qu'un vain peuple pense : notre crédulité fait toute leur science.

  • La raison humaine est si peu capable de démontrer par elle-même l'immortalité de l'âme que la religion a été obligée de nous la révéler.

  • Il est vrai, j'ai raillé Saint-Médard et la bulle,
    Mais j'ai sur la nature encor quelque scrupule.
    L'univers m'embarrasse, et je ne puis songer
    Que cette horloge existe et n'ait pas d'horloger.

  • La religion existe depuis que le premier hypocrite a rencontré le premier imbécile.

Condorcet :

  • La vérité appartient à ceux qui la cherchent et non point à ceux qui prétendent la détenir.

  • Le mépris des sciences humaines était un des premiers caractères du christianisme. Il avait à se venger des outrages de la philosophie ; il craignait cet esprit d'examen et de doute, cette confiance en sa propre raison, fléau de toutes les croyances religieuses. La lumière des sciences naturelles lui était même odieuse et suspecte ; car elles sont très dangereuses pour le succès des miracles ; et il n'y a point de religion qui ne force ses sectateurs à dévorer quelques absurdités physiques. Ainsi le triomphe du christianisme fut le signal de l'entière décadence et des sciences et de la philosophie.

Diderot :

  • Parce qu'un homme a tort de ne pas croire en Dieu, avons-nous raison de l'injurier ? On n'a recours aux invectives que quand on manque de preuves.

  • Si la raison est un don du Ciel et que l'on en puisse dire autant de la foi, le Ciel nous a fait deux présents incompatibles et contradictoires.

  • Je crois en Dieu, quoique je vive très bien avec les athées. Je me suis aperçu que les charmes de l'ordre les captivaient malgré qu'ils en eussent ; qu'ils étaient enthousiastes du beau et du bon, et qu'ils ne pouvaient, quand ils avaient du goût, ni supporter un mauvais livre, ni entendre patiemment un mauvais concert, ni souffrir dans leur cabinet un mauvais tableau, ni faire une mauvaise action.

  • Ce qui caractérise le philosophe et le distingue du vulgaire, c'est qu'il n'admet rien sans preuve, qu'il n'acquiesce point à des notions trompeuses et qu'il pose exactement les limites du certain, du probable et du douteux.

  • La croyance en Dieu fait et doit faire presque autant de fanatiques que de croyants. Partout où l'on admet un Dieu, il y a un culte ; partout où il y a un culte, l'ordre naturel des devoirs moraux est renversé, et la morale corrompue. Tôt ou tard, il vient un moment où la notion qui a empêché de voler un écu fait égorger cent mille hommes.

Hugo :

  • L'Etat chez lui, l'Eglise chez elle.

  • La religion n'est autre chose que l'ombre portée de l'univers sur l'intelligence humaine.

  • Le soldat et le prêtre, ce sont les pires ennemis de l’humanité, car si le soldat tue, le prêtre ment.

  • C'est [le parti clérical] qui fait défense à la science et au génie d'aller au-delà du missel et qui veut cloîtrer la pensée dans le dogme. Tous les pas qu'a faits l'Europe, elle les a faits malgré lui. Son histoire est écrite au verso. Il s'est opposé à tout.

  • Enfer chrétien, du feu. Enfer païen, du feu. Enfer mahométan, du feu. Enfer hindou, des flammes. A en croire les religions, Dieu est né rôtisseur.

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Le 22 janvier 2008

Pas de mise en concurrence

La laïcité n'est pas positive ou négative. Comme la démocratie, elle existe sans adjectif. Ce n'est pas une doctrine à comparer au catholocisme ou à tout autre religion et à plus forte raison, à opposer aux religions comme tente de le faire croire notre omniprésident chanoine.

Condorcet définissait le concept(1) de laïcité en 1791 : "La puissance publique ne doit accréditer aucune croyance et n'en persécuter aucune. Aucun des ses représentants ne doit afficher une croyance, le pouvoir civil ne doit faire jurer personne sur un texte sacré".

Autrement dit, les religions sont du domaine privé de la personne. Monsieur Sarkozy, personne privée, a tout fait le droit d'avoir les idées religieuses qu'il veut, tout comme certains de ses ministres peuvent, dans leur sphère privée, adopter d'autres religions ou être athées. Mais dans le cadre de ses fonctions, le Président de la République, lui, n'a pas à privilégier une religion plutôt qu'une autre. Nous ne sommes plus dans un système politique où la religion du Roi déterminait la religion de ses sujets.

(1) : le mot lui-même est apparu à la fin du 19e siècle.

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Le 05 novembre 2007

Est-ce que les journalistes sont au-dessus des lois ?

Dans cette lamentable affaire de faux orphelins du Darfour, les journalistes ont été libérés au motif qu'ils n'ont rien fait.

Justement, ils n'ont rien fait. Ils se répandent maintenant dans tous les journaux et sur toutes les télés pour expliquer que tout cette histoire ne leur semblait louche, qu'il y avait du mensonge, qu'ils étaient mal à l'aise, qu'ils sentaient que ça déconnait, ...

Et ils n'ont rien fait.

Je sais bien que le credo du journaliste, c'est d'être un témoin des événements qui n'interfère surtout pas avec l'événement. Ils expliquent qu'ils sont dans leur rôle en laissant faire les illuminés de Zoé : leur rôle de journaliste oui. Mais leur rôle d'homme ou de femme ? d'être humain ? de citoyen ?

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Le 05 mai 2007

Maîtriser la communication

Steve Jobs, le très médiatique patron d'Apple communique volontiers là-dessus : il ne touche qu'un seul dollar de salaire annuel. Pourquoi aurait-il besoin de plus, explique-t'il, il a déjà une fortune considérable. Pas besoin de plomber les comptes de l'entreprise avec des centaines de milliers de dollars de salaire.

Cette image avait été légèrement écornée il y a quelques années quand on avait appris que sa société lui avait offert, spontanément, un avion privé. C'est sûr qu'avec son salaire, ce n'était pas demain la veille qu'il aurait pu se le payer.

Le magazine Forbes vient de publier son bilan annuel : avec 646 millions de dollars de stock-options ou de bonus, Steve Jobs est le patron américain le mieux payé en 2006. Il touche deux fois plus que le second au classement, un PDG d'une société pétrolière qui se ne fait que 321 millions de dollars.

C'est sûr qu'un salaire semble superflu. Mais Steve Jobs communique beaucoup moins sur ses stock-options que sur son salaire de 1$. A votre avis, pourquoi ?

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Le 30 mars 2007

De la rumeur sur Internet

Le monde d'Internet est une formidable caisse à résonnance pour les rumeurs. Entre les sites d'informations écrits par des amateurs ou des semi-professionnels et les réactions des internautes, nous sommes abreuvés de fausses nouvelles. Je ne vais pas parler de la campagne présidentielle où ces coups-bas sont fréquents, mais obéissent à une stratégie pour décribiliser l'adversaire, mais du domaine technique.

Exemple 1 :
L'administration américaine a décidé de changer le jour de passage à l'heure d'été (et celui de retour à l'heure d'hiver). Du coup, des systèmes anciens tels que Windows 2000, qui comportent une fonction de changement d'heure automatique, devaient être mis à jour pour que la nouvelle règle soit appliquée. La rumeur a couru et a grossi : il faut payer 4000$ à Microsoft pour se procurer la mise à jour. Sinon, les utilisateurs de ces vieux OS doivent régler leur heure à la main.

Comme toujours, la base de la rumeur est vraie : Microsoft vend effectivement 4000$ un logiciel permettant aux services informatiques des grandes sociétés américaines qui possèdent encore des postes Windows 2000 de mettre à jour automatiquement les centaines ou les milliers d'ordinateurs de l'entreprise et de ses filiales sans qu'un technicien soit obligé de passer sur chaque poste. Je ne sais pas combien de sociétés sont concernées, mais une centaine me semble une limite supérieure difficile à atteindre.

Par contre, pour les particuliers ou les petites entreprises, Microsoft propose gratuitement un logiciel qui permet, en quelques clics, de modifier la règle sur les jours de passage heure d'été/heure d'hiver. Le site américain de Microsoft a d'ailleurs été modifié pendant quelques semaines pour amener les utilisateurs de Windows 2000 vers cette solution gratuite.

Mais peu importe la vérité : les forums informatiques du monde entier se sont couverts de milliers de messages qui dénonçaient Microsoft qui vend 4000$ à des gens uniquement pour changer d'heure. Les réactions indignées gonflaient et s'amplifiaient. Et il a fallu tu temps que quelques personnes se disent "c'est quand même gros" et aillent vérifier. Aujourd'hui, des milliers de personnes à travers le monde sont persuadées que le type qui a un vieil ordinateur avec un vieux système d'exploitation s'est fait racketter de 4000$ par Microsoft.

Jetez un coup d'oeil sur le site Clubic qui se veut un site d'informations techniques. Le premier message est le traitement "journalistique" de l'information. La suite sont les réactions des internautes. Il faut aller en page 4 pour que la rumeur soit stoppée.

Exemple 2:
Toujours avec Microsoft : Il y aurait quelques problèmes de lenteur avec Vista, la nouvelle version de Windows. Un sujet a été ouvert sur le forum de support technique Microsoft avec une centaine de messages, dont l'un pointe sur une page d'aide technique Microsoft qui reconnaît le problème et qui indique qu'on peut contacter le support technique pour 59$ (message standard qui se trouve sur la quasi-totalité des pages d'aide technique). Il n'en faut pas plus pour que la rumeur soit lancée : Il y a un bug dans Vista et Microsoft fait payer le correctif 59$. Et c'est reparti pour un tour avec les réactions indignées.

Encore une fois, il faut revenir à la source de l'information, ce qu'a fait le site Génération NT. Après avoir publié l'information (scoop oblige), ils sont allés poser la question à Microsoft. Cette somme de 59$ n'a rien à voir avec le correctif qui bien sûr sera gratuit. Et en plus, cette somme qui est effectivement prélevée lors de contacts avec Microsoft (visiblement pour éviter les appels farfelus) est remboursée s'il s'agit bien d'un bug du système.

Exemple 3 :
Cette fois c'est Adobe, le fameux éditeur du logiciel Photoshop. Gros titre de ZDNet, un des plus grands groupes de presse informatique au monde : Photoshop et Illustrator CS2 «non recommandés» pour Vista. Et toujours ces fameuses réactions outrées. Sauf que si on lit le communiqué de presse d'Adobe (d'ailleurs accessible à partir de l'article), on apprend que Adobe signale quelques bugs mineurs, mais que les versions déconseillées, ce sont les versions très anciennes de leurs logiciels et pas du tout celles du titre de l'article !

Auparavant, il y avait un petit nombre de journaux et un nombre réduit de journalistes formés. Cela n'empêchait pas les rumeurs et les erreurs. Maintenant, n'importe qui peut monter un site Internet et balancer n'importe quoi, sans l'élémentaire prudence de la vérification.
Auparavant, les lecteurs qui réagissaient à une nouvelle devaient prendre leur stylo et écrire un courrier au journal qui décidait de publier ou pas. Désormais, les réactions se font en direct, à chaud, sans réflexion et bien souvent sans contrôle.
Auparavant, une information erronée dans un journal disparaissait très vite dès lors que le numéro n'était plus en vente. Aujourd'hui, une information fausse reste en ligne ad vitam aeternam.

Sur la dizaine de sites que j'ai consulté et qui parlent de ces trois "affaires", il n'y a que Génération-NT qui a publié un rectificatif pour le coup des 59$. Est-il normal qu'une information fausse reste en ligne et soit encore consultable dans 6 mois ou 2 ans ?

Jusqu'à il y a une dizaine d'années, nous avions appris à nous méfier de la "chose écrite" : ce n'est pas parce que c'est écrit que c'est forcément la vérité. Par contre, nous étions très réceptifs à l'image parce que nous pensions que c'était impossible (ou du moins difficile) de truquer une image. Depuis la démocratisation de l'ordinateur et des logiciels de retouche d'images d'un côté et le faux charnier de Timisoara de l'autre, nous savons que l'image peut nous manipuler. Par contre, nous avons perdu tout sens critique devant la chose écrite "informatique". Si c'est sur Internet, c'est que c'est vrai. Sans se demander qui a écrit, pourquoi il a écrit, s'il a vérifié, ...

Même chose au niveau des réactions des lecteurs : la réaction primaire "ouahh Micro$oft, c'est trop nul, c'est des bandits" est mise sur le même plan que le développement argumenté. La réaction primaire est d'ailleurs privilégiée : le temps de faire des recherches, de comprendre le problème et d'écrire un texte réfléchi, il y aura 30 personnes qui seront passées pour écrire "cela ne m'étonne pas de ces voleurs".

Nous sommes désormais dans la société de l'information. Mais il y a un sacré boulot de pédagogie et d'apprentissage à effectuer, particulièrement auprès de nos enfants, pour qu'ils apprennent à gérer cette débauche d'information.

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Le 15 décembre 2006

Réhabilitation des morts

Je comprends la déception du petit-fils Seznec lorsque la justice a décidé de ne pas réhabiliter son grand-père, condamné il y a plus de 80 ans pour le meurtre d'un de ses amis. Visiblement, les magistrats ont suivi le droit plutôt que le courant médiatique qui fait de Seznec un innocent et de ses descendants des espèces de croisés modernes contre l'obscurantisme judiciaire. Finalement, les juges ont été dans leur rôle en disant qu'aucun élément nouveau n'a été présenté : comment apporter des témoignages nouveaux quand tous les protagonistes et tous les témoins sont morts depuis des dizaines d'années ? Ce n'était pas une décision prise à la légère puisqu'elle est motivée par un texte de plus 40 pages. Il est certain qu'à nos yeux de 2006, l'enquête n'a pas été parfaite ; mais les moyens techniques et les procédures judiciaires de 1924 n'étaient pas celles d'aujourd'hui.

Faisons un parallèle : lorsqu'un crime est commis et que le criminel meurt avant le jugement, l'action de la justice s'éteint. Les victimes ne participeront jamais à un procès, le travail de fermeture des plaies ne pourra jamais commencer. A part les victimes, tout le monde trouve normal qu'une personne décédée ne puisse pas être jugée. Alors, pourquoi est-ce que dans ce cas Seznec, on trouve anormal qu'une personne décédée ne puisse pas être déjugée.

Que Monsieur Seznec grand-père se soit battu pour que son innocence soit reconnue, je trouve cela parfaitement normal et légitime. C'est le droit humain le plus élémentaire de chercher à prouver son innocence. Mais après sa mort, c'est fini ou plutôt cela devrait être fini. Une injustice a peut-être été commise, mais tant pis. Dans le cas d'un criminel qui meurt avant son procès, c'est une injustice qui reste non jugée.

Et puis, on parle peu des descendants du type qui a été assassiné (s'il en reste). Seznec innocenté, ils se retrouvent avec un aïeul assassiné, mais plus aucun coupable.

Ca c'était pour faire le parallèle sur le plan des principes. Maintenant, on peut également se placer sur le plan pragmatique : personnellement, avec le peu de moyens dont dispose la justice en France, je préfère que les juges se penchent les cas d'injustices et de réhabilitations de personnes actuellement détenues plutôt que de s'occuper de refaire un procès 80 ans après. Je préfère qu'ils s'occupent des vivants plutôt que des morts.

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Le 15 novembre 2006

Délit de religion

Il y a quelques jours, le Préfet de Seine-Saint-Denis a retiré l'accréditation de 72 personnes, toutes musulmanes, leur permettant de pénétrer dans les zones surveillées de l'aéroport de Roissy où elles travaillent. Le motif ? On ne sait jamais, elles pourraient éventuellement être liées à des réseaux terroristes ou du moins ont un comportement qui pourrait laisser penser que ... parce que ... vous comprenez ...

72 personnes suspectées d'islamisme. Vous me direz que sur ces 72, il y en a bien 2 ou 3 pour lesquelles il y a de très fortes présomptions ? Eh bien non, 72 badges retirés, mais 0 signalement au parquet pour l'ouverture d'enquêtes judiciaires.

Neuf de ces employés ont décidé de porter l'affaire en référé devant la justice. Le même Préfet en a déjà réintégré deux. Le Tribunal vient d'ordonner la restitution de leur badge pour deux autres en parlant de "doutes sérieux sur la légalité de la décision" du Préfet. Pour les cinq restants, la justice maintient la suspension en attendant que l'affaire soit jugée en profondeur dans quelques jours ou quelques semaines.

Et pendant ce temps, Euronews diffuse un reportage qui montre qu'en passant par un endroit non surveillé, les employés de Chronopost (y compris les sous-traitants, intérimaires et camionneurs) non fouillés peuvent refiler en toute tranquillité un gros pain de pâte à modeler à d'autres employés déjà fouillés et qui peuvent aller le déposer tranquillement dans un avion.

Et pendant ce temps-là, le Canard Enchaîné révèle qu'Aéroport de Paris et Air France font appel à des sociétés de gardiennage et de sécurité dont les dirigeants et les employés ont des casiers judiciaires chargés.

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Le 31 mai 2006

Ne quittez pas ...

14.755 plaintes de particuliers à la DGCCRF (Direction Générale de la Concurrence, de la Consommation et de la Répression des Fraudes) en 2005 à propos des fournisseurs d'accès à Internet. En hausse de 79% par rapport à 2004.

Particulièrement visés, les problèmes de déconnexions intempestives et répétitives et surtout les hotlines : problème de coût supporté par l'abonné et problème de compétence des hotliners qui déroulent des procédures sans les comprendre.

Le Ministère de l'Industrie souhaite que les hotlines ne facturent pas le temps passé par l'abonné à attendre "Ne quittez pas, un correspondant va prendre votre appel ... Ne quittez pas, un correspondant va prendre votre appel ..." et le temps réellement passé à discuter avec le hotliner. "Ouh la la, ont répliqué les FAI, c'est techniquement impossible de savoir quand un hotliner appuie sur le bouton 'Prendre le correspondant suivant' et commencer à facturer à partir de ce moment-là". Visiblement, le ministre n'a pas été impressionné et les a menacé de légiférer s'ils ne se régulent pas d'eux-même.

Mais la vraie réponse n'est pas là : elle est dans la mise en place par les opérateurs de systèmes simples et fiables. Et par l'arrêt du foutage de gueule.

Exemple vécu : un ami s'est abonné chez un opérateur dont le nom commence par un chiffre, carré de 3. En désespoir de cause, il m'a appelé parce que rien ne fonctionnait.

  1. La connexion ADSL : nous avons repris la procédure depuis le début au moins dix fois en suivant chaque étape pas à pas, en éteignant, en rallumant, en vérifiant chaque cable un par un. Nous avons appelé la hotline (payante, parce que le code pour le numéro gratuit ne fonctionnait pas) qui nous a demandé de refaire la manip. Toujours sans succès. Puis nous a demandé de tout éteindre, d'attendre 3 minutes et de rallumer. Et ô miracle, ça fonctionnait tout seul(1).

  2. Il avait demandé l'option wifi. Là aussi, impossible à faire fonctionner. Re-appel à la hotline qui nous a pratiquement engueulé parce que la carte wifi livrée avec la (3x3)-box n'était pas compatible avec ce modèle-là. Il a mis 1 mois avant de recevoir une nouvelle carte.

  3. L'option télévision : il n'a ni TF1, ni M6 (d'accord, on s'en fout un peu, mais bon quand même ...) et les chaînes sont saccadées. Il va se désabonner.

  4. La téléphonie IP : elle marche un jour sur deux , la qualité est médiocre et les coupures très fréquentes.

(1): Ce n'est pas la première fois que je vois des réseaux miraculeux. Chez un autre opérateur dont le nom comporte celui de notre pays hexagonal, la vitesse de la liaison ADSL était descendue en dessous de celle d'un escargot unijambiste depuis plusieurs jours. En désespoir de cause, appel à la hotline qui promet "juré, craché" que ça ne vient pas de chez eux et que c'est sûrement un problème de réseau chez nous. A peine avions nous raccroché qu'ADSL avait repris sa vitesse normale.

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Le 17 mars 2006

Licenciements au pas de charge

Les premiers cas de plainte pour licenciements abusifs dans le cadre du CNE (grand frère du CPE) commencent à apparaître. Ce que certains employeurs n'ont pas compris, c'est que pouvoir licencier sans être obligé de donner un motif ne dispense pas de s'assurer qu'il ne s'agit pas d'un licenciement abusif :

  • Employés qui demandent le paiement des heures supplémentaires : licenciés

  • Employé d'un supermarché qui fait ses courses dans ce magasin, un jour de repos, en jogging : licencié

  • Employé qui annonce qu'il va être opéré : licencié

  • Employée qui annonce qu'elle est enceinte : licenciée

  • Employée qui n'est pas venue travailler un jour de repos : licenciée

  • Employé qui arrive avec 10 minutes de retard : licencié

Voici un texte trés intéressant à lire : la Convention 158 de l'Organisation Internationale du Travail(1), ratifiée par la France en 1989. Extraits :

Article 2 :
Un Membre pourra exclure du champ d'application de l'ensemble ou de certaines des dispositions de la présente convention [...] les travailleurs effectuant une période d'essai ou n'ayant pas la période d'ancienneté requise, à condition que la durée de celle-ci soit fixée d'avance et qu'elle soit raisonnable;
Article 4 :
Un travailleur ne devra pas être licencié sans qu'il existe un motif valable de licenciement lié à l'aptitude ou à la conduite du travailleur ou fondé sur les nécessités du fonctionnement de l'entreprise, de l'établissement ou du service
Article 7 :
Un travailleur ne devra pas être licencié pour des motifs liés à sa conduite ou à son travail avant qu'on ne lui ait offert la possibilité de se défendre contre les allégations formulées, à moins que l'on ne puisse pas raisonnablement attendre de l'employeur qu'il lui offre cette possibilité.
Article 11 :
Un travailleur qui va faire l'objet d'une mesure de licenciement aura droit à un préavis d'une durée raisonnable ou à une indemnité en tenant lieu, à moins qu'il ne se soit rendu coupable d'une faute grave [...].

A moins qu'elle dénonce sa ratification de cette Convention, on voit mal comment la France pourrait éviter d'être condamnée si des affaires remontent au niveau de tribunaux internationaux.

(1) L'OIT a été créée en 1919 par le Traité de Versailles en même temps que la Société des Nations (SDN). Elle a survécu à cette dernière et est devenue en 1946 la première institution spécialisée dépendant de l'ONU.

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